Deux Dissertations Critiques par David Martin publiée en 1717.

LA PREMIERE,
Sur le verset 7 du ch. 5 de la I. Epît. de St Jean; Il y en a trois au Ciel, etc..
Dans laquelle on prouve l'authenticité de ce Texte.

LA SECONDE
Sur le passage de Joseph touchant Jésus-Christ, où l'on fait voir que ce passage n'est point supposé.

Par M. (David) MARTIN,

A UTRECHT,
Chez GUILLAUME VAN DE WATER,
Marchand Libraire.
MDCCXVII (1717).

PREFACE.

Les deux Dissertations que l'on donne ici au Public roulent sur des sujets très importants. On s'est proposé dans la première de mettre en sûreté un des plus beaux passages de l'Ecriture sainte, contre les attaques de quelques Critiques qui veulent le faire passer pour supposé. Je ne sais si ceux d'entre eux qui agissent de bonne foi, et qui respectent comme divin le dogme que ce Texte renferme, ont bien considéré à quelles conséquences dangereuses mène naturellement le sentiment où ils sont de la supposition d'un passage tel qu'est celui-ci. Car si un Texte si fondamental pour la Religion a pu se glisser dans nos divines Ecritures, soit par intérêt de parti, soit par négligence et inattention en ceux qui sont les principaux dépositaires des Livres saints, ne peut-on pas soupçonner que la même chose aura pu arriver à l'égard de quelques autres Textes qui ont servi, et qui servent encore de fondement à la foi. On a beau dire qu'il nous en reste assez d'autres pour la vérité de la doctrine orthodoxe, sans qu'on ait besoin de celui de l'Epître de St Jean. Je sais qu'en effet elle trouve ailleurs d'autres fondements; mais cette raison ne me semble pas assez forte pour nous faire négliger le grand avantage que ce passage nous fournit ; je la crois même un peu dangereuse ; et c'est quitter trop facilement la partie, et avoir pour l'hérésie que ce Texte combat, une espèce de complaisance dont elle ne manque pas de se faire honneur. Si le Texte de question n'est pas canonique, il faut l'abandonner, par cette seule raison qu'il n'est pas de l'Ecriture ; mais pour s'assurer qu'il ne l'est pas, il faut avoir premièrement examiné à fond cette matière, & non pas s'en rapporter à une critique vague qui ne roule que sur le silence de quelques Anciens ; ou sur des omissions dans quelques-uns des Manuscrits Grecs de l'Epître de St Jean. On n'a que cela à lui opposer, mais on verra dans cet Ecrit qu'il n'y a rien de plus faible, & de moins concluant.

Le sujet de la seconde Dissertation n'est pas, à beaucoup près, si important que celui de la première. En effet, que l'Historien Juif ait rendu à notre Seigneur le glorieux témoignage qui se trouve au Livre des Antiquités Judaïques, ou qu'il ne le lui ait pas rendu, Jésus-Christ, et la Religion chrétienne n'y gagnent, ni n'y perdent rien de fort considérable. Ainsi ce n'est proprement que pour l'amour de la vérité qu'on doit entrer dans l'examen de la question, si ce témoignage est supposé, ou s'il ne l'est pas. Je soutiens avec toute l'Antiquité, et avec presque tous les Savants de nos derniers siècles, que Joseph en est l'Auteur. Ceux qui sont dans le sentiment opposé ne s'appuient que sur des raisonnements, qui n'ont, tout au plus, que de la vraisemblance, elle est, à la vérité, assez grande dans quelques-uns, mais elle l'est peu dans les autres. Nous nous fondons, au contraire, sur des preuves réelles et positives, sur les Manuscrits de Joseph, et sur les citations qui ont été faites de ce passage par des Auteurs des plus anciens, et des plus estimés. J'ai fait en sorte que ces preuves ne perdissent rien de leur évidence & de leur force dans cet Ecrit, et j'y ai joint une considération sur la personne de Joseph, qui, je crois, paraîtra nouvelle, parce qu'elle l'est en effet, du moins, ne l'ai-je trouvée nulle part ; mais je ne hasarde rien en la proposant, puisque je ne la produits que sur des fondements très sûrs, et pris de Joseph lui-même; voici ce que c'est.

On cherche depuis longtemps s'il est possible qu'un Juif comme était cet Historien, ait pu parler de notre Seigneur Jésus-Christ en des termes si dignes d'un Chrétien zélé et éclairé : et jusqu'à présent on n'a point pu découvrir le dessein secret que Joseph peut avoir eu en cela. Il n'y a pas, au fond, grande nécessité de s'engager fort avant dans cette recherche, puisque les preuves pour la vérité d'un passage ne sauraient rien souffrir de l'ignorance où l'on serait de l'intention de son Auteur. Je me flatte pourtant d'avoir pénétré ici celle de Joseph. Je ne dis pas cela pour m'en faire honneur, c'est trop peu de chose, un rien, si l'on veut, et peut-être même que plusieurs l'avaient pensé avant moi ; mais ce que j'y trouve d'avantageux, c'est que cela donne du jour à la vérité que j'ai défendu, et achève de dissiper tout ce qui pourrait être encore resté de soupçons et de doutes contre l'authenticité d'un si beau passage.


TABLE DES CHAPITRES

DISSERTATION sur St Jean, I. Epître ch. 5 v. 7.

Sur ces paroles de la premiere Epître de St Jean, ch. 5 v. 7.
Car il y en a trois, etc..

PREMIERE PARTIE.

Où l'on prouve que ce passage est véritablement de St Jean.

CHAP. I. De l'origine et du progrès de l'opinion que ce passage est supposé ; avec un sommaire des raisons sur lesquelles on fonde cette opinion
CH. II. Que ce passage de St Jean a toujours été dans la Bible de St Jérôme.
CH. III. Cette même vérité, que le passage de St Jean a toujours été dans la Vulgate de St Jérôme, prouvée par les citations qui en ont été faites de siècle en siècle, en remontant jusques au septième.
CH. IV. Cette même vérité, prouvée par l'ancien Correctoire de Sorbonne, et par les Rituels, ou Lectionnaires des Eglises Latines.
CH. V. De la Préface de St Jérôme sur les sept Epîtres Canoniques.
CH. VI. Que le passage de St Jean a été dans l'ancienne Version Italique avant celle de St Jérôme : prouvé par St Fulgence, par Vigile de Tapse, et par la profession de foi d'environ 400. Evêques d'Afrique.
CH. VII. Témoignage de St Eucher, de St Cyprien, et de Tertullien, pour la vérité de ce Texte.
CH. VIII. Que ce passage de St Jean se trouve dans les Manuscrits Grecs, comme dans les Latins, du Texte du N. Testament.
CH. IX. Des Manuscrits de R. Estienne.
CH. X. De l'obèle et du demi cercle mis dans l'Edition d'Estienne sur le passage de Jean.
CH. XI. Du Codex Britannicus, ou Manuscrit d'Angleterre, et de celui de Complute.
CH. XII. Que ce passage se trouve cité en deux endroits dans les Editions de Œuvres de St Athanase.
CH. XIII. Que l'Eglise Grecque reconnaît pour authentique le Texte des trois Témoins célestes.

SECONDE PARTIE.

CHAP. I. Première objection : que ce passage n'est ni dans les Manuscrits Grecs, ni dans les Versions Orientales, du T. Testament. CH. II. Seconde objection ; que le passage de St Jean a été inconnu aux Pères du Concile de Nicée, et de celui de Sardique.
CH. III. Troisième objection : que ce passage n'a point été cité par les Pères Grecs, ni par les Latins des premiers siècles.
CH. IV. Quatrième objection : que quelques anciens Pères ont fait usage des versets 6 et 8 du ch. 5. de l'Epître de St Jean, et n'ont rien dit du verset 7.
CH. V. Cinquième objection : que les anciens Commentateurs de l'Epître de St Jean n'ont rien dit sur le verset dont il est question.

DISSERTATION sur Le témoignage rendu par Joseph à notre Seigneur J. Christ.

CHAP. I. Quel est ce témoignage, et quels sentiments on en a eu dans ces derniers siècles. CH. II. Où l'on prouve que le passage du Livre des Antiquités est véritable, et non supposé.
CH. III. Réponse à la première raison qu'on allègue contre ce passage, prise de la qualité et du caractère particulier de l'Historien.
CH. IV. Que le passage n'en est pas moins véritablement de Joseph, pour avoir été cité la première fois par Eusèbe.
CH. V. Réponse à l'objection contre ce passage, prise de ce que St Justin, Tertullien, St Cyprien, Origène, et enfin Photius, n'en ont fait aucune mention.
CH. VI. Réponse à l'objection contre ce passage, qu'il est si mal placé à l'endroit du Livre des Antiquités, qu'on ne saurait croire que ce soit Joseph qui l'y ait mis.
CH. VII. Réponse à quelques autres raisons moins considérables, dont on se sert contre la vérité de ce passage.
CH. VIII. Examen de tous les termes qui donne lieu à croire supposé, le témoignage dont il est ici question.
CH. IX. Suite de l'examen exact & détaillé du témoignage de Joseph.
CH. X. Quelles ont été la politique et l'ambition de Joseph, et comment il a rapporté à l'une et à l'autre tout ce qu'il a dit de Jésus-Christ.