La Sainte Bible, qui contient le vieux et le Nouveau Testament, expliquez par des Notes de Theologie & de Critique sur la Version ordinaire des Eglises Réformées, revûë sur les Originaux, & retouchée dans le langage: Avec des Prefaces particulières sur chacun des Livres de l'Ecriture Sainte, & deux Prefaces générales sur l'Ancien & le Nouveau Testament. Par David Martin, Pasteur de l'Eglise Wallonne d'Utrecht. A Amsterdam, chez Henry Desbordes, Pierre Mortier, Pierre Brunel, Libraires, M. DCCVII. 2. Times in fol. T. 1. feuillets 398. Préface, feuillets VIII. T. 2. feuillets 424. sans la Table. Livres Apocryphes, feuillets 66.

« La Version Française (de la Bible) dit M. David Martin dans sa Préface, dont nos Eglises se servent, fut faite vers le commencement de notre Réformation. Elle fut retouchée dans la suite, et à mesure que notre Langue a laissé vieillir des mots, ou de certains tours de phrase, qui ont cessé d'être en usage, les uns en un temps, et les autres en un autre, il a été nécessaire de retoucher cette Version.»

Il y a environ onze ans que M. Martin retoucha la Version du Nouveau Testament; mais de telle sorte pourtant, que lorsqu'il a eu à y faire des changements tant soit peu considérables, il les a renvoyés dans les Notes, dont il a accompagné et soutenu sa révision. Il la redonne ici avec les mêmes Notes, mais beaucoup augmentées.

Quelques temps après le Synode des Eglises Wallonnes des Pays-Bas le chargea de travailler sur l'Ancien Testament, comme il avait fait sur le Nouveau. Il s'y est appliqué sérieusement; et ayant présenté ses cahiers aux Eglises commises par le Synode pour les examiner, il en a reçu des approbations qui rendent son Ouvrage recommandable parmi ceux de sa Communion.

Les deux Préfaces, dont l'une est à la tête de l'Ancien, l'autre à la tête du Nouveau Testament, sont écrites d'une façon convenable, et font voir que l'Auteur ne se livre, ni à des sentiments trop vulgaires et réfutés par les Savants, ni aussi à une critique trop sèche. Nous ne parlerons ici que de la Préface de l'Ancien Testament. M. Martin y traite de l'inspiration des Livres sacrés; et après l'avoir établie, il vient à des questions qui y ont du rapport.

« Il n'est peut-être pas si facile, dit-il, de décider si le S. Esprit a toujours suggéré lui-même aux Ecrivains sacrés toutes les expressions qu'ils ont employées, et jusqu'aux moindres mots; il y a plusieurs Théologiens de l'une et de l'autre Communion qui sont dans ce sentiment: mais il semble que cela a besoin de quelque distinction. Dans les choses graves et importantes pour la foi, ou pour les mœurs, dans les Oracles, et dans les Prophéties, dans celles sur tout qui ont regardé le Messie, et le règne de la Grâce, il n'y a presque pas lieu de douter que le S. Esprit en les inspirant à ses Ecrivains, ne leur ait aussi suggéré, et, pour ainsi dire, dicté tous les termes. Mais dans les choses qui n'intéressent ni notre foi, ni nos mœurs, c'est assez de croire que le S. Esprit présidant sur ces narrations historiques il a laissé à l'Ecrivain de prendre telles expressions qui lui sont venues dans la pensée, fut-ce même quelquefois au préjudice de ce qu'on appelle pureté de style, et régularité de langage. C'est en partie la raison de la diversité de style, qui se trouve entre plusieurs de ces saints Ecrits; entre le Livre de Job, par exemple, et ceux d'Esdras et de Néhémias; entre le Livre d'Esaïe, et celui d'Amos; entre les Epîtres de S. Paul, et celles de S. Jean. C'était, (selon S. Paul) en seul et même esprit qui faisait toutes ces choses, et qui distribuait diversement à chacun ses dons et ses opérations en la manière qui lui plaisait. Moïse et les autre Prophètes ont tous écrit en Hébreu. C'était la plus ancienne Langue du Monde; celle qu'Adam avait parlé, et que Dieu avait parlé avec Adam, et ensuite avec Noé, avec Abraham, et les autres Patriarches; celle enfin en laquelle il donne sa Loi sur la Montagne de Sinaï, et en laquelle il se révélait à tous ses Prophètes. Elle s'était conservée parmi le Peuple de Dieu jusqu'à la captivité de Babylone, depuis ce temps là il n'en resta plus que quelques traces dans la Langue Chaldaïque et dans la Syriaque, et les Livres de l'Ancien Testament sont depuis plus de deux mille ans, les seuls Livres Hébreux qu'il y ait au monde.»

L'Auteur traite ensuite de la Massore, dont il ne fixe pas le temps, laissant la liberté de croire qu'elle ait été faite au siècle des Macchabées, ou que ce n'ait été que plus de six cens ans après, et vers le commencement du V siècle de l'Eglise. Il soutient que le texte Hébreu n'a jamais été altéré; et il remarque que ni Jésus-Christ, ni S. Jean n'ont jamais reproché aux Docteurs Juifs d'avoir ou falsifié, ou laissé falsifier les Ecritures. Il entre dans la discussion du verset 17 du Psaume XXII dans lequel, si on lit caarou, on trouve, ils ont percé mes mains et mes pieds; au lieu que si on lit caari, comme il y a aujourd'hui dans toutes les Bibles Hébraïques, il faudra traduire, comme un lion, mes mains et mes pieds.

Sur la Version des Septante, après avoir rejeté la petite histoire d'Aristée, il conclut par ces paroles:

« Il est certain cependant , et c'est tout ce qu'il y a de vrai, qu'avant la venue de Jésus-Christ, il y avait une Version Grecque des Livres de l'Ancien Testament; que cette Version était en usage non seulement à Alexandrie, où elle avait été faite, comme il parait entre autres choses par le Grec de cette Version, qui est du style de ce pays-là; mais encore dans toutes les Synagogues Grecques, ou des Juifs Hellénistes, c'est à dire, des Juifs qui parlaient Grec dans Jérusalem, et cette Version a ses a ses beautés, mais elle a aussi ses taches. Qu'on s'en serve donc comme d'une traduction très ancienne et très utile; mais que ce ne soit jamais au préjudice du respect qui est dû au texte Hébreu, de peur de mettre en la place d'un Prophète un Juif ou ignorant ou prévenu.»

Il n'est pas possible d'entrer dans le détail des Notes. Nous nous contenterons de dire, qu'elles sont courtes et précises, et que l'impression qui est belle dans tout l'Ouvrage, l'est sur tout dans les notes. On trouve, tant dans le Vieux que dans le Nouveau Testament, des Tables Géographiques, et quelques autres Planches fort bien gravées, et qui ne sont pas d'une médiocre commodité, ni d'un médiocre agréments.

Source: SUPPLEMENT DU JOURNAL DES SAVANTS, du dernier de janvier 1709. Paris. Chez Jean Cusson. p.14-17.