Qui rendent témoignage ] C’est-à-dire, qui rendent témoignage à la terre et aux hommes, touchant les vérités que saint Jean vient d’établir dans les versets 5 et 6 savoir, que Jésus est le Fils de Dieu, et qu’il est venu par l’eau et le sang.

Le Père ] Le Père a rendu son témoignage, Matth. 3.17 et 17.5 Jean 5.36 et 12.28.

La Parole ] J. C. qui est maintenant dans le Ciel, et qui a confirmé cette même vérité par les miracles qu’il a faits lors qu’il était sur la terre, Jean 10.38 et depuis son ascension au Ciel, par l’envoi de son Esprit sur les Apôtres, Act. 2.3-4 par les miracles que les Apôtres faisaient en son nom, Act 3.6 et 14.3 et enfin par l’établissement de son Evangile dans tout le monde.

Le Saint Esprit ] Voyez le V. précédent, et Jean 16.8-9, etc..

Ne sont qu’un ] ou, qu’une même chose, et qu’une même essence divine, comme Jean 10.30.

Préface, I. Epître Catholique de St Jean Apôtre

Cette Epître a tant de rapport, soit pour les matières qui y sont traitées, soit pour le style et les expressions, avec l’Evangile de saint Jean, qu’encore qu’elle ne porte pas à sa tête le nom de cet Apôtre, personne n’a jamais douté qu’elle ne soit de lui. On y voit partout un caractère inimitable de douceur et de charité, et l’Apôtre y recommande cette divine vertu en des termes si touchants, et par des motifs si propres à faire impression dans les âmes, qu’il paraît bien qu’il en était lui-même tout pénétré. Il y établit avec la même force les deux vérités les plus importantes de la Religion Chrétienne, contre lesquelles divers hérétiques de son temps avaient commencé de se soulever, l’Incarnation du Fils de Dieu, et sa Divinité: et il appelle ces hérétiques des Antéchrists, comme qui dirait des ennemis de Christ, à cause qu’ils s’en prenaient directement à sa personne, quoi que par des voies différentes, et même opposées.

Saint Jean établit donc contre les premiers, qui étaient les disciples d’un certain Basilidès, les Valentiniens, et autres semblables, que Jésus-Christ est venu en chair, c’est-à-dire, que le Fils de Dieu s’est fait véritablement homme, et non pas en apparence seulement. Il est presque inconcevable qu’une imagination si bizarre ait jamais pu tomber dans l’esprit d’un homme, mais sous le prétexte de faire plus d’honneur au Fils de Dieu, et de vouloir éloigner de lui les infirmités qui sont inséparables de notre nature, ces hérétique enseignaient qu’il ne l’avait prise qu’en apparence, et non pas réellement, et véritablement: d’où il s’ensuivait par une conséquence nécessaire, que Jésus-Christ n’était mort aussi qu’en apparence; ce qui ruinait tout d’un coup notre rédemption. Les autres, comme étaient les Ebionites et les Cérinthiens, attaquaient la personne de J.C. par un coté tout opposé, car lui laissant toute entière la qualité d’homme, ils réduisaient à cela toute sa personne, et lui refusaient le titre de Dieu, et de Fils de Dieu, ou ne le lui donnaient que dans un sens de figure, comme l’Ecriture le donne aux Rois, et aux Souverains. (ch. 4.1,2,3 et sa 2e Epît. v. 7)

C’est contre cette damnable impiété que saint Jean appelle souvent dans cette Epître Jésus-Christ le Fils de Dieu,[1] le Fils unique de Dieu,[2] et engendré de Dieu,[3] le vrai Dieu, et la vie éternelle: et qu’il dit que[4] quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu; et que,[5] celui-là surmonte le monde, qui croit que Jésus est le Fils de Dieu. Il ajoute à cela tout d’une suite un passage où il enseigne formellement la Trinité des Personnes divines dans l’Unité de l’essence, en disant qu’il y en a trois dans le Ciel qui rendent témoignage aux vérités du salut, savoir, le Père, la Parole, et le St Esprit, et que ces trois-là ne sont qu’un; c’est-à-dire, une même essence divine.

L’hérésie Antitrinitaire frémit à la vue de ce passage, qui est pour elle un coup de foudre dont elle sent bien la force; mais aussi il n’est rien qu’elle ne fasse pour le détourner, et s’en garantir. Le principal moyen dont elle se sert pour cela, c’est de nier que ce passage soit de saint Jean, et sous prétexte qu’il ne se trouve pas dans tous les anciens Manuscrits de cette Epître, et que tous les Pères qui ont écrit anciennement contre l’hérésie Arius, ne s’en sont pas servis pour prouver la Divinité de Jésus-Christ, les hérétiques d’aujourd’hui, qui ont renouvelé sous un autre nom l’impiété Arienne, prétendent tirer de grands avantages de l’omission de ce Texte dans plusieurs Manuscrits, du silence de quelques Pères, et du Concile même de Nicée, qui ne l’ont pas allégué sur les controverses de leur temps pour en conclure qu’il est supposé.

Mais une cause est bien mal défendue quand elle n’a que de si misérables raisons à alléguer contre la force et l’évidence d’un Texte de l’Ecriture. Car, pour pouvoir se servir raisonnablement d’une semblable réponse, il faudrait que le passage dont il s’agit, ne se trouvât que dans un petit nombre de Manuscrits, ou pour le moins dans des Manuscrits modernes, et de peu d’autorité, et qu’il eût été inconnu à toute l’Antiquité Chrétienne: au lieu qu’au contraire ce fameux passage se lit dans un grand nombre de Manuscrits, qui sont même des plus anciens, et qu’on le trouve cité dans des Livres de la plus vénérable Antiquité Ecclésiastique, qui tous sont sans comparaison plus anciens qu’aucun des Manuscrits où ce passage ne se trouve point, et de l’omission duquel les hérétiques modernes, et quelques critiques trop audacieux prétendent tirer des conséquences ruineuses contre l’authenticité de ce Texte.

Mais, sans parler ici de saint Jérôme, qui l’avait lu dans les Manuscrits Grecs du N. Testament sur lesquels il a fait la Version Latine, où nous le voyons, et qui même en a parlé fort au long dans sa Préface sur les Epîtres Canoniques, nous le trouvons allégué pour preuve de la Trinité dans la Confession de foi présentée sur la fin du cinquième siècle par les Evêques des Eglises d’Afrique à Hunéric Roi des Vandales, Arien, et grand persécuteur des Orthodoxes, défenseurs du dogme de la Trinité. Or n’eût-ce pas été à ces Evêques une imprudence sans exemple, et s’exposer de gaieté de cœur à la fureur d’Hunéric, et de tout le parti Arien, que de produire dans une pièce aussi authentique qu’est une Confession de foi, ce passage de saint Jean, s’il ne se fût pas trouvé constamment dans les Manuscrits de ce temps-là, et si ce texte eût été supposé? Sans doute que les Ariens n’auraient pas manqué d’en triompher, et il est visible qu’il ne peut y avoir eu que la vérité et la notoriété de la chose qui ait fermé la bouche à ces hérétiques. Aussi ne pouvait-on pas regarder en ce temps-là comme une nouveauté ou comme une supposition la citation de ce passage; il y avait plus de 250 ans que saint Cyprien, Evêque de Carthage, et célèbre Martyr, qui vivait cent et quelques années seulement après l’Apôtre saint Jean, l’avait rapporté dans son Traité de l’Unité de l’Eglise, et tout ce qu’on a d’Editions des Œuvres de saint Cyprien, aussi bien que les Manuscrits les plus anciens des Œuvres de ce Père, ont tous constamment cette citation; ce qui est une preuve incontestable de sa vérité: et outre cela Facundus alléguant ce même passage, cite aussi saint Cyprien, comme s’en étant servi dans le Traité que nous venons de marquer.

Enfin, pour remonter encore plus haut, Tertullien, plus ancien que saint Cyprien, en fait aussi mention dans sa Dispute contre Praxeas. Or comme il est impossible de rien opposer de raisonnable à la citation de ce passage par des Ecrivains si célèbres, dont l’un même qui est Tertullien, fleurissant vers la fin du siècle même dans lequel saint Jean est mort, c’est une preuve incontestable que ces paroles se lisaient dans les premiers Manuscrits de cette Epître; et que par conséquent le dogme de la Trinité, contre lequel se sont soulevés en divers temps et en divers lieux tant d’hérétiques, faute de vouloir soumettre leur Raison superbe à l’autorité de la divine Révélation, est la pure doctrine des Apôtres, et la doctrine constante de l’ancienne Eglise, comme il l’a été des siècles suivants.

Source : La Sainte Bible. David Martin. 1707.

Notes

[1] ch. 4.9

[2] ch. 5.1

[3] ch. 5.20 ; 5.7

[4] ch. 4.15

[5] ch. 5.5